Et si on se tournait vers l'Artisanat ?

Et si on se tournait vers l'Artisanat ?

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Chambre de Métiers et de l’Artisanat Interdépartementale

Délégations Côte-d’Or et Saône-et-Loire                                                             
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Avec le cap historique des 10 000 entreprises artisanales en 2018, la Côte d’Or est-elle le nouvel Eldorado de l’artisanat ? Pas autant qu’on pourrait l’espérer, rappelle Régis Penneçot, président de la Chambre des Métiers et de l’artisanat. En cause ? Une grande méconnaissance de la profession que la Chambre des Métiers et de l’Artisanat s’efforce de populariser.

Si les Français connaissent mal leur artisanat, ce n’est pas faute d’initiatives : la chambre consulaire ne manque pas d’idées et en recherche toujours de nouvelles pour faire connaître un secteur délaissé depuis de nombreuses années au profit de l’industrie : « On parle toujours des licenciements ou des créations de grandes entreprises, mais jamais des artisans alors que ce sont des créateurs d’emplois mais aussi des situations très difficiles lorsqu’une entreprise met la clef sous la porte », déplore Régis Penneçot.

Alors, tel un pèlerin, le président de la Chambre des métiers et de l’artisanat pilote plusieurs opérations chaque année : rencontres et mobilisation autour de l’artisanat, forum de l’apprentissage, semaine de la création et de la reprise d’entreprise, Salon Apprentissimo en partenariat avec la CCI, l’opération Coup de balai sur les déchets dangereux qui  a permis de récolter 2 tonnes en 48h, Journées européennes des métiers d’art à Beaune qui joue le rôle de vitrine du savoir-faire Salon international du patrimoine au Louvre, foire gastronomique, soirée artisans à l’honneur, les net-trophées, mais aussi les petits déjeuners au féminin qui permettent à des femmes chef d’entreprises (20% au sein des entreprises artisanales de Côte-d’Or) de se réunir…

Des réussites

Puis il y a aussi l’innovation. Depuis cette année, l’organisation des examens de chauffeur de taxi a été transféré des préfectures aux chambres des métiers : « Nous avons deux personnes qui se sont formées en Côte-d’Or et nous avons travaillé avec les artisans taxis du département pour former une soixantaine de chauffeurs ». La formation est devenue aussi une part importante des actions de la CMA : avec 15 000 heures dispensées par an, la chambre vient en aide aux entreprises installées sur des sujets aussi variés que l’informatique, le commercial ou les réseaux sociaux et joue la proximité : « Nous avons ouvert une antenne à Montbard depuis cette année avec des agents sur place et une salle de formation. Les artisans ont autre chose à faire que deux heures de trajet aller-retour pour venir à Dijon. Il y a une vraie volonté des élus de la CMA de se rapprocher toujours plus des entreprises ».

Régis Penneçot, président de la Chambre des Métiers et de l’artisanat.Régis Penneçot, président de la Chambre des Métiers et de l’artisanat.

…et des échecs

Dans ce paysage idyllique Régis Penneçot a toutefois quelques regrets : « Nous avons mis en place les ateliers du mercredi avec l’association L’outil en main qui existe à Troyes depuis 30 ans. Le principe est de faire découvrir à des jeunes les métiers de l’artisanat durant quatre mercredis. Mais nous n’avons pas réussi à mobiliser ». Mais Régis Penneçot ne baisse pas les bras pour autant : « C’est un challenge personnel, parce que faire découvrir les métiers de l’artisanat, c’est avant tout les faire aimer ! ».

2018 : objectif « Made in Côte-d’Or »

2018 s’annonce sous de beaux auspices : « La reprise ressentie en 2017 va se prolonger en 2018, nous sommes confiants ». Dans les tuyaux, la défense d’un savoir-faire local. Une opération séduction à laquelle les artisans, pourtant en première ligne, ne sont pas toujours sensibles : « La CMA loue un espace au sein du salon Made in France à Paris, mais les chefs d’entreprise ne voient pas toujours le retour sur investissement. Cela demande de rester une semaine à Paris et la CMA ne peut pas donner d’aides directes aux entreprises ».

Si des opérations telles que le Marché de Noël qui accueille désormais un stand Made in Côte-d’Or face aux articles « Made in Taïwan »restent essentielles pour la promotion locale, Régis Penneçot estime cependant que les institutions n’en font pas assez. En première ligne, la Région Bourgogne Franche-Comté : « Elle ne voit pas la nécessité d’être présents sur des grands salons tels que celui de Cologne par exemple. C’est pourtant là qu’elle aurait un rôle important à jouer ». Pour exemple, Régis Penneçot cite les trois jeunes fondateurs de la marque Meloduende à Pouilly-en-Auxois, qui fabrique des guitares d’exception (dont une trône fièrement parmi les instruments de Johnny Halliday). Invités au Salon International de Dallas, la CMA n’est pas parvenue à réunir les 20 000 euros nécessaires pour leur participation : « J’ai sollicité la Région. Il ne s’agit pas de leur payer des vacances, ni de financer leur présence mais au moins de les soutenir. Nous avons perdu là une belle occasion de faire la promotion de notre région. On a des incubateurs qui sont parfois de vraies usines à gaz et on n’est pas capables d’aider les entreprises en direct ».

L’image en cause

En cause avant tout, l’image de l’artisanat : « J’ai reçu la Préfète qui n’avait jamais, durant sa carrière, visité d’entreprise artisanale. Quand je lui ai demandé quel était selon elle le taux d’informatisation des artisans, elle m’a répondu 50%. Or, aujourd’hui, nous sommes à 95% ». Avant tout, pour Régis Penneçot c’est le reflet d’une méconnaissance totale de l’artisanat, et une focalisation des pouvoirs publics sur les grandes entreprises.

Pour preuve, les mesures prises par la présidente de Région sur l’apprentissage, Marie-Guite Duffay qui vont à l’encontre de ce qui avait été fait par François Patriat et Fattila Khattabi. « Je regrette certaines dispositions prises par le Conseil régional en matière d’apprentissage. Ainsi les conditions d’obtention de primes pour les maitres d’apprentissage qui prenaient le soin de se former ont été modifiées en profondeur. Désormais pour obtenir cette prime, on impose aux artisans de se former chaque année. Par le passé le fait de suivre une formation offrait le droit à une prime annuelle pendant 4 ans si chaque année l’entreprise avait dans ses effectifs au moins un apprenti. Par ailleurs, cette prime était « automatiquement » accordée aux maîtres d’apprentissage à qui on avait délivré le titre de MAC (Maître d’Apprentissage Confirmé) ou qui étaient « maître artisan » car ils avaient fait la preuve, par leur titre, de leur expertise en matière d’accompagnement de jeunes en alternance. Maintenant ces reconnaissances « officielles » n’ouvrent plus le droit à un soutien du Conseil régional. Je considère que ce recul en direction des maitres d’apprentissage sera préjudiciable dans l’engagement que l’on est en droit d’attendre des chefs d’entreprise pour le développement de ce mode de formation dans notre région. C’est d’autant plus regrettable que toutes les données démontrent, même celles du service statistique du rectorat, qu’à diplôme égal, l’intégration dans le monde du travail est facilitée quand le diplôme a été obtenu en apprentissage plutôt qu’en formation initiale... »

Pour Régis Penneçot, il y a urgence : « La France est le dernier pays à avoir un artisanat structuré et organisé. Partout en Europe il a disparu au profit de sous-traitants. Si on ne mène pas une véritable politique de soutien à l’artisanat, toute l’énergie que nous mettons de notre côté est perdue. Et nous avons parfois l’impression que tout est fait pour le déstructurer ». Dans le viseur notamment des mesures qui vont à l’encontre du développement. Parmi elles, la fusion entre les CCI et les CMA : « Ce sont deux métiers différents. Il doit y avoir des points de mutualisation, mais c’est comme si on formait les médecins et les vétérinaires dans une même école. On est dans la même maison mais on fait chambre à part ». Autre réforme qui inquiète : le relèvement du plafond des autoentrepreneurs : « C’est avoir en un même lieu, deux entreprises qui ont les mêmes droits mais pas les mêmes devoirs » même si Régis Penneçot relativise : « Nous demandions à ce que le statut soit limité dans le temps mais par sa forme elle-même, c’est un régime qui n’est pas pérenne : pas de protection sociale, pas de retraite. A un moment ou un autre, ces autoentrepreneurs devront devenir des entreprises traditionnelles si elles veulent survivre ».

L’artisanat, la solution au chômage

Pour Régis Penneçot l’artisanat est la solution aux problèmes de l’emploi pour preuve le manque de main d’oeuvre dans la quasi totalité des secteurs. En cause, le manque d’anticipation des chefs d’entreprise mais aussi l’incertitude des crédits de l’apprentissage : « Pendant la crise tout le monde à réduit le nombre d’apprentis. Aujourd’hui, il n’y a plus assez de main d’oeuvre sur le marché et une vraie pénurie s’installe alors que les carnets de commande se consolident.  Et pourtant on le sait puisqu’à chaque fois ça se passe ainsi. En face, nous avons besoin que les crédits à l’apprentissage soient pérennisés autrement que par la taxe d'apprentissage. La Région, là encore doit garantir le financement. Elle reverse ce qu’elle perçoit mais n’augmente pas sa participation. C’est bien. de construire des CFA neufs mais nous devons avoir une visibilité sur le long terme! ».
Le transfert de la taxe d‘apprentissage des régions aux branches professionnelles va aussi révolutionner le système : « Il faut comprendre que beaucoup de jeunes veulent intégrer l’artisanat et qu’il y a un vrai regain d’intérêt. Mais il faut y mettre les moyens. Les jeunes d’aujourd’hui sont la force économique de la Bourgogne-Franche Comté de demain ».

Au-delà de l’emploi, l’artisanat apparait aussi comme une solution à plusieurs problèmes du 21e siècle : désertification des territoires ruraux mais aussi des centre-ville. Et sur ce point là, Régis Penneçot se félicite de la prise de conscience : « Le président Sauvadet a toujours soutenu l’artisanat en  Côte-d’Or et nous avons signé une convention avec Dijon Métropole dont je me félicite. 4000 artisans sont installés dans la métropole et attendent des mesures ».

Parmi les projets, les « balades artisanales » organisées avec les office du Tourisme et destinées à faire découvrir les savoir-faire en Côte-d’Or.

Au final, l’artisanat apparait bel et bien comme une réponse à beaucoup des enjeux de ce siècle : chômage de masse, désertification des territoires et des centre-ville, et bien au-delà de nos frontières. Les jeunes se tournent de nouveau vers l’artisanat, les entreprises sont prêtes à former et à embaucher, les carnets de commande repassent dans le vert. Mais, l’image reste essentielle dans le développement de l’artisanat et c’est sur ce point que les Chambres de métier et de l’artisanat se focalisent. Son président de conclure : « Je suis allé en Californie. Là-bas beaucoup de magasins ont des noms qui rappellent la France. Parce que c’est le symbole de la qualité, d’un savoir-faire. Il n’y a que les Français qui ne sont pas fiers de leur artisanat… »

 

 

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