Les mobilités, enjeux cruciaux dans les territoires ruraux ... Elisabeth Borne à la rencontre des élus des Terres d'Auxois et de Saulieu

Les mobilités, enjeux cruciaux dans les territoires ruraux ... Elisabeth Borne à la rencontre des élus des Terres d'Auxois et de Saulieu

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06 février 2019

Martine Eap Dupin, maire de Précy sous Thil et présidente de la communauté de communes des Terres d’Auxois, accueillait madame la ministre des transports, Elisabeth Borne, ainsi qu’une cinquantaine d’élus des communautés de communes des Terres d’Auxois et de Saulieu. Pendant 1h 1/2, les maires ont pu faire part de leurs préoccupations, remarques et suggestions à une ministre attentive, accompagnée de Yolaine De Courson, députée, Anne Catherine Loisier et François Patriat sénateurs de Côte d’Or. En jeu et enjeux… les mobilités en zone rurale, sur fond de Grand Débat National, de taxes élevées, de TVA inégalitaire, d’inefficience des transports en commun sur des territoires où la voiture et la débrouillardise sont le lot quotidien des habitants, des chefs d’entreprise et des élus !

« Nous sommes dans un canton rural avec une superficie très importante. Où que nous habitions, les uns ou les autres, nous sommes obligés d'avoir une voiture », ce sera le mot d’accueil de Martine Eap Dupin, dont la commune compte 750 habitants, précisant par ailleurs que le canton de Semur est la somme de 4 anciens cantons et totalisant 20 500 habitants, ce qui en fait un canton rural à forte densité de population. Un canton qui comporte d’importants bassins de vie que sont Saulieu, La Roche en Brenil, Semur en Auxois, Vitteaux, Epoisses et Précy sous Thil. Un canton semurois qui compte deux communautés de communes, celle des Terres d’Auxois, créée en 2017 sur une fusion volontaire de 3 anciennes com-com, et celle de Saulieu.

Il a fallu harmoniser les compétences, en transférer, reprendre les projets en cours et mettre en place la TPU, taxe professionnelle unique tout en développant l’esprit d’appartenance à un grand territoire. Des com-com dont le moteur est l’activité économique et son développement. Développement économique qui ne sait se jouer sans la mobilité des habitants de communes parfois isolées, ou des personnes ayant de petits revenus pour lesquelles utiliser la, voire les, voiture(s) devient très problématique !

En parallèle, Martien Eap Dupin note l’importance et l’organisation sans faille des services tels que le portage des repas (par véhicule électrique), la navette économique entre la gare de Venarey les Laumes et le Pôle de Semur en Auxois, notamment pour le transport des salariés des nombreuses entreprises mais aussi ceux de l’hôpital dont sera soulignée l’importance, seul hôpital entre Auxerre et Dijon disposant d’un plateau technique et de nombreux services et qui fait l’objet de toutes les attentions des élus. Il reste à travailler les modes de déplacements doux. Le décor et le contexte rural sont plantés par madame le maire pour comprendre au mieux la problématique de ce vaste territoire.   

Un moment d’échange, qui renvoie aux urgences des fractures sociales, fiscales, environnementales comme le note Elisabeth Borne. « Je ne suis pas ici pour faire la promotion des actions du gouvernement, mais pour écouter les difficultés que vous vivez dans vos territoires », assure la ministre. 

Le premier à prendre la parole est le tout nouveau maire de la commune nouvelle du Val-Larrey, 275 habitants, SAMUEL GALAUD. La décision de fusionner les communes résulte en grande partie de la baisse de la DGF (-70% sur 4 ans) des deux anciennes communes et celle du « reste à vivre » des habitants. Un confort de vie que le nouveau conseil municipal souhaite rétablir. « Vivre en milieu rural, c'est un choix. Nous l'avons tous fait. Mais devons-nous pour autant réduire les services et la qualité de vie de nos concitoyens ? L’entretien des voieries, du patrimoine des espaces verts est devenu difficile… il est temps que l’Etat prenne le chemin que nous avons tous pris et qui nous a été imposé, celui des économies… » Le maire évoque également la dotation nationale de péréquation, la DNP spécifiquement destinée à la réduction des écarts de potentiel fiscal calculé par seule référence au panier de ressources s’étant substitué à l’ancienne taxe professionnelle, celle-ci ayant été supprimée par la loi de finances pour 2010.

 

LUDOVIC ROCHETTE, président de l’AMF de Côte d’Or, qui compte 690 communes adhérentes, note les compétences croisées entre communes et intercommunalités en matière de transport, la priorité n’ayant pas été donnée à la mobilité. Il insiste sur l’importance d’établir de manière pérenne le transport à la demande qui peut répondre, localement, à la spécificité du territoire concerné et des usagers. Il indique par ailleurs que dans le contexte du Grand Débat National, l'AMF remontera aux services de l'Etat les doléances des maires qui sont invités à envoyer leurs remarques à l'association. En revanche, ils auront bien à charge la transmission des cahiers de doléances de leurs adminsitrés.

PASCAL GRAPPIN, représentant Bruno Bethenod président de l’AMR de Côte d’Or, insiste sur cette problématique de mobilité, car on peut tout imaginer du covoiturage aux transports en commune, il subsiste un vrai souci par rapport à la voiture. Il n’en reste pas moins que ce qui a été mal vécu dans nos territoires au-delà des augmentations de taxes sur les carburants, c’est une véritable pénalisation de ceux qui n’ont pas d’autres choix que d’utiliser leur véhicule pour aller travailler notamment. Dans ce sens, il pose la question des villes où on peut se passer de voiture et des campagnes où « faire sans » est un véritable problème et ce quelles que soient toutes les solutions alternatives qui pourraient être trouvées ! « Les mesures ne peuvent pas être les mêmes pour tout le monde... Il faut respecter le choix de ceux qui ont choisi de vivre à la campagne… Il faut les aider autour de la voiture, aides à la conversion etc. » rappelant l’ironie de toutes ces voitures qu’on cherche à éliminer et qui se retrouve sur les marchés étrangers ou pays « émergents » !  


MADAME BORNE, mesurant la difficulté des déplacements en milieu rural, « On ne vit pas dans une bulle. Je mesure parfaitement ce que sont les difficultés de la mobilité au quotidien et je suis parfaitement convaincue que la voiture restera la colonne vertébrale de la mobilité dans beaucoup de territoiresMais il ne faut pas perdre de vue tous ceux qui ne peuvent pas utiliser une voiture… Il faut aider les intercommunalités à apporter des réponses fines aux problèmes de mobilité, notamment grâce aux nouvelles solutions que sont les transports à la demande, l’autopartage ou le covoiturage ».

CATHERINE SADON, maire de Semur en Auxois, évoque, bien sûr, la grande nécessité de renforcer l’accessibilité de la commune et notamment pour faciliter les trajets en direction ou en partance de l’hôpital de Semur, mais aussi et surtout pour faciliter la mobilité des 75% de salariés de l’établissement public qui ne résident pas sur la commune. Avec les Ateliers de l’Armançon et plusieurs entreprises d’importance, la mobilité des personnels est primordiale. Il en va de même pour les transports des élèves des écoles, collège et lycée. Il faut noter que Semur est la seule ville de Côte d’Or, à part Dijon, à avoir un secteur sauvegardé qui engendre des charges très importantes pour la commune, se rajoutant aux charges de centralité. Catherine Sadon pose la question d’une TVA territorialisée, par rapport à l’essence notamment, , pour en faire baisser le prix dans les zones rurales.

JEAN PHILIPPE MESLIN, maire de Saulieu, quant à lui rappelle que le revenu moyen annuel des habitants de ce territoire en ZRR (zone de revitalisation rurale) est de 17 000€. Beaucoup de retraités qui soutenaient l’économie par leur pouvoir d’achat et le fait de dépenser sur place, souffrent désormais d’une baisse significative de leur pourvoir d’achat, frappés de plein fouet par les taxes sur les carburants, la hausse de la CSG.  Dans le sens d’un soutien à l’économie et à la transition écologique, le maire de Saulieu propose le soutien au renouvellement des moyens de chauffage, à l’isolation des maisons (pour éviter l’éolien à outrance qui tend à se développer) la révision du seuil du minimum vieillesse, la réouverture des lignes ferrées fermées par les gouvernements précédents.

Ce à quoi ELISABETH BORNE répond « C’est important d’écouter la parole de nos concitoyens retraités. Il faut avoir ce débat sur leur pouvoir d’achat, confirmer la révision du minimum vieillesse et celle du taux de CSG. « Depuis des décennies nos prédécesseurs, se sont occupés de faire des projets gigantesques, des lignes de TGV… Depuis que je suis arrivée, ce gouvernement fait radicalement autre chose. On a besoin de rééquilibrer notre territoire. On va mettre de l’argent sur l’entretien et la rénovation des réseaux, sur les réseaux ferrés. On fait une pause sur les Grands Projets, même si on se fait engueuler par les grandes intercommunalités. Le cœur de ce que je souhaite porter au débat de la loi que nous allons voter est bien d’aider les territoires à trouver la réponse à leurs besoins spécifiques en matière de mobilité ».

MARC PATRIAT, maire de Corrombles, a insisté sur le développement de la première économie des territoires ruraux, l’agriculture. Il porte l’attention de madame la ministre sur la fermeture de la ligne de fret, Epoisses-Venarey les Laumes, jetant sur les routes 4000 camions qui fragilisent l’empreinte carbone d’une part et fragilise les entreprises dont les coûts de transport ont considérablement augmenté. Pour les transporteurs, les taxes diverses et variées sont synonymes de dépenses incompressibles, qui mettent à mal leur trésorerie. Il plaide contre le bashing anti-agriculture qui dévalorise un des meilleurs modèles agricoles du monde.  

Le quotidien d’une commune de 87 et 70.000 euros de budget pour entretenir la commune, faire face aux charges incompressibles, des administrés qui tirent le diable par la queue, ceux qu’on ne voit pas avec un gilet jaune sur les ronds-points, qui vendent les biens de famille… Beaucoup de maires se reconnaissent dans ces propos, des territoires bradés comme des biens familles par trop d’étranglement et qui se voient pousser vers l’éolien, parfois à regret, pour trouver des ressources.  

ANNE CATHERINE LOISIER, revient sur le FPIC, le fonds national de péréquation des ressources intercommunales et communales mis en place en 2012 qui constitue le premier mécanisme national de péréquation horizontale pour le secteur communal. Sont contributeurs les ensembles intercommunaux ou les communes isolées dont le potentiel financier agrégé par habitant est supérieur à 0,9 fois le potentiel financier agrégé par habitant moyen constaté au niveau national. FPIC consiste donc à prélever une partie des ressources de certaines intercommunalités et communes pour la reverser à des intercommunalités et communes moins favorisées. Dans ce sens et dans les faits les territoires ruraux contribuent plus à l’Etat qu’ils ne reçoivent !

Et FRANÇOIS PATRIAT de conclure, « pour une attractivité positive du territoire, ne serait-t-il pas raisonnable d’arrêter de dire que tout va mal et qu’on n’est pas bien, qu’on est pauvre et qu’on va crever ! Comment voulez-vous que les gens viennent ? »

La visite de Madame Borne s’est poursuivie par une visite du barrage de Pont et Massène, qui au-delà de son rôle de régulation devient pour le territoire de haute Côte d’Or un enjeu touristique et économique. Elle y était accueillie par PATRICK ROUX, maire de Pont et Massène et BERTRAND SPECQ, directeur territorial de VVF qui n'a pas manqué de rappeler l'importance de ce barrage par son côté multifonctionnel constituant une bonne illustration de la conception qu'a VNF de son rôle. Une première fonction, celle d'un réservoir d'eau de 6 millions de m3, destiné à stocker l'eau aux périodes pluvieuses pour la restituer pendnat la saison touristique afin d'alimenter le canal de Bourgogne. Une seconde fonction, celle jouée auprès des populations pour l'alimentation en eau potable mais aussi celle de la lutte contre les inondations. Un rôle d'aménagement du territoire, au sens large, qui ancre les canaux dans les territoires. le lac de Pont est un lieu vital pour le tourime local, les activités sportives , nautiques et de loisirs, la randonnée ou encore la pêche. 

Patrick Roux a remis à Elisabeth Borne l'ouvrage sur le lac de Pont en l'invitant à un tour de lac (12km) sur les rives enneigées !

 

Rédaction et crédit photos Marie Quiquemelle

   Agent de développement local

  Conseils en animation du territoire aux élus et associations

  Formatrice en insertion professionnelle

    mariequiquemelle@gmail.com 

 

 

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