Villes et villages fleuris... plus que des fleurs !

27 septembre 2018

La Côte-d'Or compte 64 communes ayant reçu le label des Villes et villages fleuris. Créé dans les années 1960, le référentiel a changé avec les années pour intégrer des critères de développement durable. Marie-Claire Bonnet-Vallet, présidente de Côte-d'Or Tourisme, réagit à ces évolutions ainsi que des maires ou encore le directeur des parcs et jardins de Beaune.

Les fleurs scintillent comme des étoiles à l'entrée des villes et des villages. Une fleur, deux fleurs... Elles semblent être le résultat d'un palmarès qui récompenserait la qualité du fleurissement comme les hôtels sont distingués pour la qualité de leur confort. Pourtant, avec les années, le label a évolué pour prendre en compte les principes du développement durable et intégrer une dimension d'aménagement du cadre de vie des habitants. On parle à présent de « valorisation paysagère » plus que de simple fleurissement.

Dans toute la France, ce sont 4 835 communes qui ont reçu au moins « une fleur ». La région Bourgogne-Franche-Comté est au-dessus de la moyenne nationale avec deux départements fleuris, la Côte-d'Or et le Doubs.

La Côte-d'Or est particulièrement distinguée avec 64 communes labellisées. Le label « Département fleuri » ne récompense pas ce nombre de communes mais l'implication dans l'animation d'un réseau afin d'inciter les communes à progresser dans la hiérarchie du label des Villes et Villages Fleuris (VVF). Une animation assurée par l'agence de développement touristique Côte-d'Or Tourisme (ADT), présidée par la conseillère départementale du canton d'Auxonne, Marie-Claire Bonnet-Vallet.

agence de développement touristique Côte-d'Or Tourisme (ADT), présidée par la conseillère départementale du canton d'Auxonne, Marie-Claire Bonnet-Vallet.

Au cours de cette animation, l'enjeu est de convaincre les élus puis de « convertir les bonnes volontés en talents et en compétences » selon Marie-Claire Bonnet-Vallet. La mise en réseau des intervenants consiste en la sensibilisation des élus et des agents des communes ainsi que des bénévoles pour toutes les communes qui ne seraient pas encore engagées dans la démarche. Cela peut amener des communes à rejoindre la démarche. Ensuite, vient le travail de formation pour gagner en compétences.

Le label concernant toutes les communes, du village le plus modeste à la grande ville, les situations peuvent être très variées. Les villages peuvent avoir des agents polyvalents, parfois partagés entre plusieurs communes, n'étant pas nécessairement formés à la valorisation paysagère. Un paysagiste est alors mandaté par Côte-d'Or Tourisme en partenariat avec le Centre National de la Formation Publique Territoriale (CNFPT) pour apporter des compétences théoriques et pratiques aux dits agents (connaissances botaniques, aménagement d'un carrefour...). Du fait de la mission d'embellissement qui va leur être confiée, « cela va être quelque chose de très valorisant pour les agents municipaux dont on parle » souligne la conseillère départementale. Il se crée alors un réseau des jardiniers qui s'échangent des bonnes pratiques ou même des boutures.

Le département de la Côte-d’Or s’est vu décerner le label du Département Fleuri

Les heures consacrés par l'ADT à cette animation du réseau comptent pour le label « Département fleuri ». Ce label départemental est remis pour cinq ans et c'est la troisième fois que la Côte-d'Or le reçoit, depuis 2007. Côte-d'Or Tourisme emploie parmi son personnel une animatrice chargée du suivi de la valorisation paysagère, en l’occurrence, il s'agit d'Albine Guillaume*. Depuis 2013, une partie du travail est mutualisé sur l'attribution des trois premières fleurs au niveau de la région (conseil régional, comité régional du tourisme et Côte-d'Or Tourisme). Le Département organise les jurys et fait les tournées sur le terrain, la proclamation des résultats et des récompenses se font au niveau régional. La quatrième fleur est gérée par la Région et par le label national CNVVF.

« Un cadre soigné contribue à l'attractivité »

Un des premiers objectif de l'ADT de maintenir l'existant en terme d'attractivité. Pour Marie-Claire Bonnet-Vallet : « quand on va visiter en excursion ou en touriste, on sait très bien que cela contribue très nettement à l’attractivité d'une ville, d'un village, d'une région d'avoir un cadre, pas seulement fleuri, mais soigné. On parle vraiment de valorisation paysagère, on va s'inscrire en terme de développement durable, dans une démarche respectueuse de la ressource en eau et des modes de déplacement doux ».

Le label Villes et villages fleuris Le label « Villes et villages fleuris » date de 1960, on parlait alors de fleurissement. On faisait la part belle aux massifs colorés, les annuelles avaient la cote. Aujourd'hui, on parle d'aménagement, d'embellissement. « Les politiques de valorisation paysagère sont repensées. On s'éloigne de plus en plus de l'imagerie d’Épinal de la jardinière de géraniums ou de bégonias » glisse Marie-Claire Bonnet-Vallet et de citer la règle des trois tiers : « un tiers d'arbustes, un tiers de vivaces et un tiers d'annuelles pour donner un peu de couleurs dans les massifs ». Néanmoins, l'élue locale précise qu'« il n'y a pas de recette et [qu'] il faut être au plus près de l'identité paysagère du territoire. La Côte-d'Or est plurielle ». Forêts, vignes, bords de rivière...

Les évolutions législatives ont induit une évolution du label. Loi Labbé en 2014, loi de Transition énergétique pour la croissance verte en 2015 et loi Potier de 2017. Les produits phytosanitaires de synthèse ne sont plus les bienvenus dans les communes. Les démarches « zéro phyto » et de « biocontrôle » sont encouragées. La ressource en eau doit, elle aussi, être préservée. Les plantes annuelles étant les plus gourmandes en eau, diminuer leur plantation a un impact budgétaire. Les collectivités ayant leurs propres contraintes financières, elles ne peuvent avoir recours à plus de main d’œuvre pour  compenser l'arrêt des « phytos ». Elles doivent donc planter différemment et avoir recours à des innovations dans le secteur (paillage systématique, utilisation d'un couvre sol géotextile par exemple).

Le sujet étant devenu technique, il est donc important que les élus soient entourés. Marie-Claire Bonnet-Vallet souligne le rôle initiateur du Club de valorisation paysagère, « premier stade d'un certain engagement dans la démarche ». Ce club rassemble plus de 300 des 706 communes côte-doriennes qui reçoivent alors des informations et des conseils. Les ambitions initiales peuvent être modestes. La présidente de Côte-d'Or Tourisme recommande la « technique de l'escargot » : « on part d'un point d'intérêt. Très souvent c'est l'église du village. On demande de tourner comme l'escargot pour élargir du centre autour de l'église jusqu'aux quartiers plus périphériques ». Une fois qu'elle est véritablement engagée dans la démarche, une commune peut espérer obtenir sa première fleur en trois années.

Dans un village, « le fleurissement n'est pas une corvée »

Villes et villages fleuris... plus que des fleurs !Il a fallu un peu plus de temps à Missery pour obtenir le label. Cette commune de l'Auxois a commencé son fleurissement en 1987 mais ce n'est qu'en 2005 que la première fleur lui a été remise. Elle compte maintenant trois fleurs, depuis 2011. Missery, 106 habitants, trois fleurs ! Pourtant, le village ne recourt qu'à des moyens bénévoles pour le fleurissement et les aménagements. Il y a bien un employé communal à 12 heures par semaine (partagé avec Villargoix notamment) mais il ne s'occupe pas du fleurissement. Dix à douze bénévoles sont actifs, soit près de 10 % des habitants. Ils participent à l'aménagement du cadre de vie du village, « ce n'est pas une corvée, c'est un loisir » selon le maire, Jean-Claude Nevers.

Le village est divisé par secteur avec un responsable pour chacun. Certaines actions mobilisent tout le groupe : désherber au printemps, éclaircir les vivaces, couper les fleurs fanées. Pour le maire, « Côte-d'Or Tourisme nous a bien conseillés » sur le choix des végétaux à partir de la volonté de la commune de limiter l'usage de l'eau et de désherbant. Le recours à l'arrosage est modérée car seules les bisanuelles sont arrosées après plantation (pour fleurir l'année suivante). « C'est un arrosage de sauvegarde » revendique Jean-Claude Nevers. L'utilisation d'annuelles n'entrait pas dans les principes de la commune, ce qui n'a pas toujours été bien vu de la part du CNVVF selon le maire. Cela pourrait expliquer le délai pour obtenir la première fleur à Missery, le temps que les points de vue se rejoignent.

Villes et villages fleuris... plus que des fleurs !La quatrième fleur ne fait pas partie des ambitions du village car « cela demande trop d'investissements » déclare Jean-Claude Nevers. Les ressources du village sont modestes. Certains habitants ou même des propriétaires de résidence secondaire contribuent volontairement chaque année au budget de la commune. La participation, estimée à 700 euros environ par an, est investie dans l'achat de fleurs.

Le maire est fier des trois fleurs de Missery : « il y a beaucoup de retombées touristiques. On a des sentiers de randonnée donc les gens viennent pour le fleurissement. Il y a des personnes qui se déplacent dans la France pour regarder les communes fleuries ». De plus, « c'est important pour le lien social car, par taches d'huile, des gens fleurissent devant chez eux alors qu'à l'origine, il n'y avait pas forcément grand chose ». Les bénévoles visitent parfois un village fleuri pour s'informer, la dernière visite fut à Joigny (Yonne) en 2016.

Villes et villages fleuris... plus que des fleurs !« Une récompense pour l'employé communal »

Pour Darois, commune de plus de 400 habitants en périphérie de Dijon, la première fleur a été aussi « la plus compliquée » à obtenir selon le maire, Pascal Minard. La commune compte aujourd'hui trois fleurs : « Darois est un village atypique avec deux quartiers d'habitations séparés par une route départementale et une zone d'activités donc trois îlots. Ils restaient beaucoup d'espaces verts mais on est parti de zéro ». La commune a refusé les ronds-points, solution sans plus-value paysagère, pour donner des choses à voir à l'automobiliste qui traverse la commune afin de l'amener à ralentir.

Après les premiers temps, des fleurs ont été plantées dans le village. Des annuelles. Afin de capitaliser sur l'expérience développée, la commune s'est ensuite orientée vers la plantation de vivaces conservées d'une année sur l'autre « ce qui permettait », à Pascal Minard, « avec un budget identique, d'en racheter et de continuer ». Un principe qui était même précurseur par rapport à l'approche du CNVVF à l'époque selon le maire. Il constate à présent « une évolution du label dans le sens de ce que l'on fait ».

Dans ce village, pas de bénévole mais les conseillers municipaux apportent leur aide lors d'actions ponctuelles. S'activent un agent à temps complet et un employé présent un jour et demi par semaine. Obtenir la troisième fleur a été « une récompense pour l'employé communal qui s'occupe du fleurissement. Pour nous, cela fait partie de l'image globale du village » souligne Pascal Minard.

Le maire remarque un effet de contagion : « les gens vont plus entretenir » autour de chez eux. La démarche a aussi rejailli sur l'harmonie de la commune. Un travail avec le Conseil d'Architecture, d'Urbanisme et de l'Environnement (CAUE) ayant défini une gamme chromatique centrée sur l'ocre et le rouge grenat pour les bâtiments communaux. Par la suite, les particuliers s'en sont emparés pour colorer les volets ou les façades, « ce qui amène plus de gaieté » aux yeux de l'édile. Cet aspect aménagement a pris de plus en plus de place dans la grille d'évaluation avec les évolutions du label. Pour Marie-Claire Bonnet-Vallet, « c'est très important, on soigne le cadre de vie des côte-doriens en les faisant participer à l'amélioration de ce cadre de vie ».

« Le label aide à faire passer des messages à la population »

Nicolas Rouyer, directeur des parcs et jardins de Beaune

La quatrième fleur, un objectif difficilement accessible pour les petits communes ? Nicolas Rouyer, directeur des parcs et jardins de la Ville de Beaune n'est pas de cet avis : « la quatrième fleur n'est pas spécialement faite pour les grosses collectivités. C'est atteignable à condition de revoir ses façons de travailler. Quand vous faites un lotissement, vous ne le faites plus de la même façon qu'il y a trente ans. Dans les villages, il y a des bénévoles, des gens passionnés par la plante. C'est une richesse ! Ce n'est pas plus difficile dans un petit village que dans une grande ville ».

Toujours est-il qu'il n'y a que deux communes labellisées « quatre fleurs » dans le département : Quetigny (presque 10 000 habitants) et Beaune (plus de 20 000 habitants). La première fleur de Beaune a été obtenue dans les années 1980. Nicolas Rouyer est en poste depuis le 1er janvier 2018. Il se revendique « avant tout jardinier », il a connu des communes avec plus ou moins de fleurs sur leur panneau et a vu les évolutions du label : « entre la première et la quatrième fleur, il y a une marge très conséquente. Les objectifs d'il y a vingt ans étaient plus axés sur le fleurissement proprement dit. Au fil du temps, cela a évolué vers l'harmonie des services : mobilier urbain, aménagements pérennes, fleurissement, économies d'énergie... ». Aujourd'hui, « on ne travaille plus du tout de la même façon qu'il y a vingt ans : réduction budgétaire, restriction de personnel... Mais les annuelles ont toujours leur place au centre-ville et il faut qu'il y ait un renouveau. Quand vous êtes dans une ville touristique comme Beaune, cela permet de dynamiser le centre-ville ».

Villes et villages fleuris... plus que des fleurs !Le directeur des parcs et jardins de Beaune gère une équipe de 35 personnes, avec les apprentis, ayant des formations de type lycée horticole ou de paysagiste. Il constate un gros problème de recrutement auprès des lycées horticoles parce qu'il y aurait de moins en moins d'élèves dans ces formations. Les compétences à mettre en œuvre deviennent pourtant plus variées. L'écopâturage (entretien par des moutons) ou la gestion différenciée (fauchage tardif selon les saisons ou création de niche écologique) sont des compétences nouvelles à acquérir ou à rechercher auprès d'un prestataire externe. À Beaune, la construction de structures pérennes dans les massifs est externalisée et des artistes interviennent en proposant des sculptures.

Pour Nicolas Rouyer, l'accumulation de personnels ou de compétences ne suffit pas pour obtenir une quatrième fleur. Il faut avant tout se remettre en question de façon permanente et apprendre à travailler autrement : « ce n'est pas parce que vous avez vingt personnes supplémentaires que vous allez décrocher une quatrième fleur. Il faut travailler en harmonie avec les autres services. Vous pouvez avoir un fleurissement de qualité et que les papiers ne soient pas ramassés ». La synergie entre les services d'une collectivité est primordiale, surtout avec le service propreté. Le responsable des espaces verts souligne la démarche d'exigence du label : « la quatrième fleur apporte une technicité qui vous aide. Vous atteignez le sommet d'un label qui vous permet d'évoluer dans le bon sens. Vous pouvez apporter des solutions sur des aménagements ».

Villes et villages fleuris... plus que des fleurs !Des solutions permettant d'économiser l'eau par exemple. Le paillage serait entré dans les mœurs des espaces verts grâce au label : « le fait d'avoir changé notre mode de travail, de pailler systématiquement nos massifs, on a réduit nos arrosages de 50% voire plus » selon Nicolas Rouyer. Son service récupère l'eau de pluie au niveau des serres : « on n'a plus du tout le même climat qu'il y a vingt ans. C'est plus compliqué. On en a conscience et on fait tout pour économiser l'eau ».

Certaines solutions nécessitent un accompagnement de la population. Ne plus utiliser de produits phytosanitaires de synthèse implique « beaucoup de mécontentements pour certains riverains parce qu'ils ne comprennent pas qu'il y a des adventices. C'est un problème de communication. Des actions ont fait comprendre aux gens qu'on ne pouvait plus travailler comme il y a vingt ans ». De ce fait, Nicolas Rouyer réagit en semant « des mélanges fleuris qui sont relativement bas pour occuper l'espace et éviter d'avoir des adventices disgracieuses ». Ainsi, « le label aide à faire passer des messages à la population ».

Avoir la quatrième fleur est donc particulièrement important pour Beaune, ville du premier site touristique de la Côte-d'Or avec l'Hôtel-Dieu des Hospices civils. Concourir au label des Villes et villages fleuris s'impose pour Marie-Claire Bonnet-Vallet : « je ne connais pas de commune très touristique qui n'ait pas développé cet axe-là ! ». La présidente de l'ADT tient néanmoins à souligner la force du réseau et la cohérence à atteindre avec d'autres labels, comme les « Jardins remarquables » pour dynamiser la fréquentation touristique : « on a tout intérêt à ce que tous ces acteurs se parlent. C'est intéressant de se renvoyer les visiteurs d'un site à un autre ». Une centaine de sites a été inspectée durant le mois de juillet dernier. À présent, la présidente a le regard tourné vers le 13 décembre 2018, c'est ce jour-là, dans le cadre de Cité 21, que seront remis les trophées départementaux de la valorisation paysagère.

 

Jean-Christophe Tardivon

Photos :
A. Guillaume , S. Lepaulr, J.C. Tardivon 

 

* Albine GUILLAUME
Chargée de la valorisation paysagère chez Côte-d’Or Tourisme
Tél : 03 80 63 66 92
vpaysagere@cotedor-tourisme.com

 http://www.cotedor-tourisme.com

 

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