Le patrimoine et l'histoire au service des territoires

03 juillet 2018

La troisième réunion du Forum des solutions, organisée par la Fabrique du millénaire et le GIP du futur parc national des Forêts de Champagne et de Bourgogne, s'est tenue vendredi 22 juin 2018 à Aignay-le-Duc. Les intervenants ont évoqué leurs solutions pour dynamiser un territoire rural autour du thème « Patrimoine bâti et archéologique ».

Philippe Bertrand, l'animateur de l'émission « Carnets de campagne » sur France Inter,

L'intérêt de la population du Châtillonnais pour les Forums des solutions initiés par Philippe Bertrand, l'animateur de l'émission « Carnets de campagne » sur France Inter, se confirme. La création d'un parc national peut stimuler le développement économique mais aussi changer des repères aussi il a paru nécessaire aux animateurs du Groupement d'Intérêt Public du futur parc national et aux fondateurs de l'association la Fabrique du millénaire d'accompagner les citoyens et les entrepreneurs du territoire vers ces changements. Les questions d'innovation économique, sociale et culturelle sont au cœur des débats provoqués par ces réunions.

Pour le thème « Patrimoine bâti et archéologique » étaient présents Vincent Guichard (directeur général de l'EPCC Bibracte), Alain Gislot (président de l'association Arcade à Sainte-Colombe-en-Auxois), Alexia Volot (directrice du centre d'art contemporain de l'abbaye d'Auberive), Sylvie Baudot (maire de Cohons), Yves Simon (président de l'association Village ancien, village d'avenir), Éric Dudouet (vice-président de la communauté de communes du Châtillonnais, en charge du tourisme et de la culture) et Félicie Fougère (directrice du musée du Pays châtillonnais - Trésor de Vix) sous le regard de Hervé Parmentier (directeur du GIP du futur parc national).

Hervé Parmentier (directeur du GIP du futur parc national)Ce dernier a rappelé les actualités concernant le futur parc. Récemment, a été lancé un appel à projets sur l'ensemble des communes pour identifier les porteurs de projet. Ils bénéficieront d'un accompagnement technique, administratif voire financier. Une consultation sera menée auprès des acteurs du territoire de juillet à septembre 2018 puis une enquête publique aura lieu auprès de tous les habitants d'octobre à décembre 2018. Cela fera évoluer le projet du parc et, finalement, le Conseil d’État validera la naissance du parc national au cours du second semestre 2019. 

En ces temps difficiles pour les territoires ruraux, l'heure était à l'optimisme à Aignay-le-Duc car « on mérite autant que les autres » selon Philippe Bertrand, animateur de la soirée, « on a une richesse autour de nous, c'est l'histoire, c'est une présence archéologique d'une valeur inestimable qui est une plus-value encore faut-il savoir ce que l'on veut en faire, avec quels moyens ? ».

Les témoins ont chacun présenté une expérience réussie en évoquant toutes les difficultés surmontées pour arriver au succès d'aujourd'hui. Parfois une étincelle ou un éclair de génie a suffi, parfois il a fallu de longues années d'entêtement ou de batailles administratives pour mener un projet à bien. Aux acteurs du Châtillonnais de se reconnaître dans ses expériences et de s'en servir d'exemples pour élargir le champ des possibles dans le cadre du futur parc national. Dans plusieurs témoignages, la question de « l'adhésion des populations » a montré qu'il ne suffit pas d'une bonne idée – ce qui se reconnaît plus facilement à la fin qu'au début – pour que les habitants d'un village ou d'un bourg soient d'emblée séduits.

L'installation du musée Bibracte sur le mont Beuvray en 1984, à la frontière de la Nièvre et de la Saône-et-Loire, est, selon Vincent Guichard, « une décision du prince », c'est-à-dire François Mitterrand à l'époque président de la République. Le site, chantier de fouilles archéologique et musée, est aujourd'hui un succès international : des équipes de plusieurs pays viennent se pencher sur les documents laissés par les Celtes et les Romains et conservés dans les sols. La « recherche est le charbon de la machine », machine qui a le même modèle économique qu'un parc de loisirs selon Vincent Guichard. Le projet a été accéléré il y a quatre ans avec le label « Grand site de France » du ministère de l’Écologie. Le musée compte à présent plus de 40 000 visiteurs annuels. Vincent Guichard a adressé quelques conseils en direction du musée de Vix dont : « il faut acheter du terrain pour être chez soi même s'il faut cinquante ans ». Puisqu'il n'y a pas d'habitants à Bibracte, le périmètre participatif a donc été élargi aux communes environnantes pour mieux impliquer la population dans la vie du site.

Arcade, Alain Gislot

Fruit du hasard, l'écroulement d'une partie d'une ferme dans le village où le Parisien Alain Gislot avait sa maison de campagne permet de découvrir qu'il s'agissait du bâtiment d'un ancien château du XVIIème. Les dégâts étant importants, le Parisien a alors proposé aux cultivateurs de les aider à constituer une association, Arcade, pour collecter des fonds et structurer des chantiers d'été. Par la suite, Alain Gislot étant féru de design, le château redevenu écrin a commencé à accueillir des expositions de design et métiers d'art. À présent, parmi les 6 000 passages annuels, des visiteurs viennent de l'étranger jusqu'à Sainte-Colombe-en-Auxois pour admirer les collections présentées. Un gîte de 29 places contribue aussi à la vie économique de l'association qui compte trois salariés. Le lien avec les habitants s'est fait avec une exposition sur les outils incluant des outils traditionnels ou alors en contribuant à un autre thème sur les années 1960. Pour autant, certains des soixante habitants du village se plaignent encore d'avoir du mal à circuler avec leur tracteur ou moissonneuse en période estivale.

L'abbaye d'Auberive se situe dans le cœur du futur parc, en Haute-Marne. Alexia Volot a relevé le défi de créer un centre d'art brut dans un lieu qui n'avait jamais été ouvert au public même s'il avait connu plusieurs destinations depuis la révolution de 1789 (prison de femmes, colonie de vacances...).  Elle a expliqué que c'est « le coup de foudre pour le lieu qui a engendré l'installation ». Un défi posé par ses parents qui voulaient montrer une collection constituée pendant trente ans. Son père, Jean-Claude Volot est un industriel de l'aéronautique, président du groupe Dedienne Aérospace. En quelque sorte, un mécénat interne s'est mis en place pour soutenir l'activité muséale. En 2005, les vergers conservatoires ont été ouverts et la première exposition a été inaugurée en 2016. Même s'il y a des fidèles qui reviennent chaque année, Alexia Volot a reconnu qu'il était « très difficile de mesurer si l'on gagne une adhésion de populations locales ».

Le vol du temps s'interrompt dans les jardins suspendus de Cohons, commune de Haute-Marne de 270 habitants près de Langres. Les spirales des fameux escargots de Cohons ne cessent d'émerveiller les visiteurs de ces jardins pittoresques. Sylvie Baudot a évoqué le travail inlassable pour restaurer et entretenir une dizaine de kilomètres de murs en pierres sèches. En 2013, un concours pour le tricentenaire de la naissance de Diderot a permis une réhabilitation supplémentaire de jardins (la maison parentale de Denis Diderot étant sur le site). Maintenant, les jardins suspendus ont gagné au loto. En effet, la mission patrimoine de Stéphane Bern les a retenus parmi les 269 sites en péril pour bénéficier des retombées du futur Loto du patrimoine qui sera lancé le 3 septembre 2018.

http://www.villagesanciens-villagesdavenir.com/Parmi les acteurs locaux, directement concernés par la naissance du parc national, Yves Simon a présenté l'association Village ancien, village d'avenir et il a insisté sur la nécessité de rénover les maisons individuelles et d'entretenir la dimension paysagère d'un village pour donner envie aux passants de s'arrêter. Notamment, avoir de belles entrées de village devient crucial.

À  Châtillon-sur-Seine, le musée du Pays châtillonnais - Trésor de Vix, est un de ces acteurs locaux majeurs. Éric Dudouet a rappelé que « le vase de Vix est unique au monde, internationalement connu, le Châtillonnais doit être fier de ce site-là qui intéresse beaucoup les autres nations. Les Allemands sont sur le site pour fouiller, les Autrichiens, les Italiens... ». Depuis plusieurs années, la communauté de communes finance quelques fouilles l'été mais Éric Dudouet a annoncé à ce Forum des solutions qu'une campagne plus importante sera lancée en 2019.

Un des enjeux du musée de Vix est la mise en valeur des travaux menés au mont Lassois (là où fut trouvé le palais de la princesse de Vix et son fameux trésor). Pour Félicie Fougère, « le mont Lassois reste fascinant et attire toujours autant de visiteurs. Connaissant les travaux de cette équipe internationale qui œuvre depuis plus de vingt ans, on a un trésor de ressources archéologiques qui n'est pas exploité pour l'instant. Ce serait formidable à transmettre aux visiteurs ». Le musée de Vix présente évidemment des enjeux similaires à ceux du musée de Bibracte avec un projet « rendre visible l'invisible » qui s'appuierait sur des innovations numériques comme la réalité augmentée pour rendre perceptible l'ampleur du site celte. À l'enjeu de médiation s'ajoute un enjeu géographique, comme à Bibracte pour relier le bâtiment et le sommet de l'oppidum, une solution doit être trouvée pour relier le musée de Châtillon-sur-Seine et le site de fouilles du mont Lassois.

Les solutions, objectif de ce forum, se construisent aussi par l'échange de pratiques et Vincent Guichard, avec son regard depuis Bibracte, a pu apporter à l'équipe de Vix son expertise devant un public très attentif à ces questions. Il apparaît pertinent de s'interroger sur la singularité du territoire, la haute vallée de la Seine, grand lieu d'échanges du temps des Celtes, et de son appropriation patrimoniale par les habitants d'aujourd'hui dans le Châtillonnais. La réunion s'est terminée par une dégustation de Crémant de Bourgogne du domaine Bouhélier accompagné de quelques autres produits locaux.

L’association La Fabrique du Millénaire

 

L’association La Fabrique du Millénaire L’association La Fabrique du Millénaire a vu le jour le 15 décembre 2017 à Aignay-le-Duc dans le cadre du premier forum des solutions qu’elle organisait. Elle a pris le parti de démontrer que des espaces ruraux tels que ceux qui entrent dans le zonage du Parc national de Côte-d’Or et de Haute-Marne peuvent profiter de projets économiques d’un nouveau genre, de propositions culturelles multiples et d’innovations sociales. Soutenue par le GIP du Parc, la Fabrique du Millénaire se destine à préparer le terrain à la création d’une fondation de territoire au profit du développement local.

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