Amour, gloire et déchets

12 mai 2017

A Chagny (71), l’usine de tri-méthanisation-compostage, mise en œuvre par les collectivités locales (Smet 71), construite et exploitée par Tiru (filiale d’EDF) démontre qu’un projet innovant porté par une volonté politique cohérente peut devenir un atout économique, écologique mais aussi pédagogique.

 

Evidemment, « amour, gloire et déchets », ça semble bizarre. Et pourtant ! « L’amour », c’est l’enthousiasme avec lequel Philippe Testevuide (Tiru, filiale d’EDF), commente la visite de l’usine de tri-méthanisation-compostage installée à Chagny dont il est le directeur. La « gloire », n’ayons pas peur de la dythirambe, sera pour les élus des collectivités locales qui ont voulu, pensé et imposé cette unité innovante contre toutes les réticences. Et les « déchets », me direz-vous ? Eh bien, ils sont tout bonnement la matière première qui alimente l’usine. Et donc, cet article.

Chagny (71), usine de tri-méthanisation-compostage, mise en œuvre par les collectivités locales (Smet 71), construite et exploitée par Tiru (filiale d’EDF) Christine HEURAUX, déléguée régionale EDF, Philippe Testevuide (Tiru, filiale d’EDF)

 

Au commencement étaient donc les collectivités locales regroupées dans le Smet 71, le syndicat chargé de traiter les déchets ménagers de 320 000 habitants de l’est de la Saône-et-Loire, soit 8 communautés de communes adhérentes. Leur idée ? Choisir une technologie permettant de valoriser cet « or gris » qui dort dans nos poubelles en le transformant en énergie. « Une gestation de plus de 10 ans et 43 millions d’euros », rappelle Landry Léonard, vice-président du Smet 71. Confiée en construction/exploitation à un seul interlocuteur (Tiru, filiale à 51 % EDF) et inaugurée en 2015, l’usine tourne aujourd’hui à plein régime et le mot est adéquat tant le processus ressemble à une lente digestion…

Chagny (71), usine de tri-méthanisation-compostage, mise en œuvre par les collectivités locales (Smet 71), construite et exploitée par Tiru (filiale d’EDF)
Landry Léonard, vice-président du Smet 71

 

Trier, bon sang !

 

Les camions-bennes déposent dans un premier hangar les ordures qui sont triées « à l’oeil » par des employés exercés depuis la cabine pressurisée de leurs engins : il faut être fortiche pour repérer, dans les tonnes de déchets, les indésirables : batterie, bouteille de gaz, aérosols, appareils électroménagers, bâches… qui prouvent que parfois la citoyenneté s’achève dans le secret des poubelles ! Le problème est que ces incivilités coûtent très cher : ainsi, un sèche-cheveu à 20 euros revient à 300 euros en coût de traitement. Autre exemple donné par Philippe Testevuide : une couche gériatrique imprégnée de résidus de traceur pour scintigraphie jetée à la poubelle au lieu d’être recyclée à l’hôpital coûte au final… 9 000 euros ! Car ces produits détruisent les écosystèmes qui dégradent les déchets, faussent les analyses des productions (gaz et compost) de l’usine… d’autres indésirables obligent carrément à tout arrêter : un câble électrique par exemple, agissant à la manière de cheveux dans un syphon, finit par créer un toron qui bouche le délicat mécanisme du tube malaxeur, phase deux du processus. Outre ces désagréments techniques, ce coût a forcément un impact sur le prix du ramassage… un bon tri, c’est aussi des économies !

Chagny (71), usine de tri-méthanisation-compostage, mise en œuvre par les collectivités locales (Smet 71), construite et exploitée par Tiru (filiale d’EDF) Chagny (71), usine de tri-méthanisation-compostage, mise en œuvre par les collectivités locales (Smet 71), construite et exploitée par Tiru (filiale d’EDF)

 

Popo et gaz

 Landry Léonard, vice-président du Smet 71

Deux immenses pré-colons, tournant lentement sur eux-mêmes : voilà l’effet que produit la vue des tubes malaxeurs où s’engouffrent ensuite le contenu des poubelles. En 3 jours et demi, elles vont être degradées, réduitent en grosses paillettes, avant d’être passées dans différents tamis : les refus de tri (supérieurs à 200 mm) sont éliminés en stockage. Les parcelles de métaux sont aussi triées et valorisées (recyclage) avant un nouveau tamisage pour obtenir des particules encore plus fines (- de 10 mm). Ces paillettes alimentent alors deux digesteurs, sortes de silos où se passent la production de biogaz.

Surnommés « Stuart » et « Kevin » (comme les Minions, ces personnages de film d’animation pas vraiment distingués), ces digesteurs et leurs milliards de bactéries vont achever de dégrader la matière organique et « faire popo » comme l’explique Philippe Testuevuide qui doit être adoré par les enfants en visite (l’usine est un must visitée par 3 600 personnes par an dont 3/4 sont des scolaires ou des membres de collectivités venus découvrir le site). Le biogaz, après épurations diverses est stocké dans « Bob », le troisième Minion et surtout ballon-tampon avant expédition dans le réseau de gaz naturel. L’usine alimente aussi le site voisin Terreal 2, unité de fabrication de tuiles et forme avec elle un duo vertueux puisque Terreal réalise ainsi 1/3 de son combustible en énergie « propre ».  Le « popo », mélangé à des déchets verts broyés va se transformer en compost qui alimente les agriculteurs locaux. Seul regret, et de taille : 50 % encore des déchets déposés à l’usine sont des refus de tri qui finissent à l’enfouissement. Qu’une technologie faisant appel à des paramètres de biologie, de chimie et de génie humain si délicats ne travaille au final qu’à produire la moitié de ce qu’elle pourrait produire à cause de citoyens carrément irresponsables met les nerfs en pelote...

Chagny (71), usine de tri-méthanisation-compostage, mise en œuvre par les collectivités locales (Smet 71), construite et exploitée par Tiru (filiale d’EDF)

Au final, l’usine qui emploie 17 salariés, traite 73 000 tonnes d’ordures ménagères résiduelles et 8000 tonnes de déchets verts par an. Elle produits 2,6 millions de Nm3 de biométhane et 27 000 tonnes de compost normé valorisable en agriculture. Elle génère environ 4,5 millions d’euros de recettes entre la vente du gaz (2 millions d’euros environ) et celle du compost (6 euros la tonne sortie usine) et la collecte de la taxe sur les ordures ménagères. Elle prouve surtout qu’en travaillant en cohérence avec les besoins d’un territoire, dans une vision politique à long terme et sans crainte des technologies innovantes, on peut bâtir une usine à gaz... parfaitement efficace !

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